La véritable essence de la matière
ATTENTION!
Le chapitre
que vous allez lire révèle un secret crucial de votre vie.
Vous devez le
lire attentivement et entièrement car il traite d'un sujet qui est
susceptible de modifier fondamentalement votre façon de voir le
monde extérieur.
Le sujet de
ce chapitre n'est pas seulement un point de vue, une approche différente
ou une ancienne pensée philosophique:
c'est un fait
que toute personne, croyante ou non croyante, doit admettre, un
fait qui est aujourd'hui largement prouvé par la science.
Les gens qui contemplent consciencieusement l'environnement
qui les entoure réalisent que tout dans l'Univers, les vivants et
les objets, a dû être créé. La question qui se pose, alors, est:
"Qui est le Créateur de toutes ces choses?"
Il est évident que "le fait de la création", qui se
révèle dans chaque aspect de l'Univers, ne peut être un aboutissement
de l'Univers lui-même. Par exemple, un insecte n'aurait pas pu se
créer lui-même. Le système solaire n'aurait pas pu se créer ou s'organiser
lui-même. Ni les plantes, ni les êtres humains, ni les bactéries,
ni les érythrocytes (globules rouges), ni les papillons n'auraient
pu se créer par eux-mêmes. La possibilité que tous ces êtres se
soient produits "par hasard" ne peut même pas être imaginable.
Nous arrivons donc à la conclusion suivante: tout ce
que nous voyons a été créé. Mais rien de ce que nous voyons ne peut
être "créateur" par lui-même. Le Créateur est différent et supérieur
à tout ce que nous voyons avec nos yeux, un pouvoir supérieur qui
est invisible mais dont l'existence et les attributs se révèlent
dans chaque chose qui existe.
C'est le point sur lequel hésitent ceux qui nient l'existence
de Dieu. Ces gens sont conditionnés pour ne pas croire dans Son
existence à moins qu'ils ne Le voient de leurs propres yeux. Ces
gens, qui ignorent le fait de la "création", sont forcés d'ignorer
la réalité de la "création" qui se manifeste à travers l'Univers
et prouvent à tort que l'Univers et les êtres qui y vivent n'ont
pas été créés. La théorie de l'évolution est l'exemple clé de leurs
vaines tentatives dans ce sens.
L'erreur fondamentale de ceux qui renient Dieu est
partagée par de nombreuses personnes qui, en fait, ne nient pas
réellement l'existence de Dieu mais qui en ont une perception fausse.
Elles ne nient pas la création mais ont des croyances superstitieuses
sur le lieu "où" Dieu se trouve. La plupart d'entre elles pensent
que Dieu est là-haut dans le "ciel". Elles imaginent tacitement
que Dieu est derrière une planète très lointaine et qu'Il interfère
dans les "affaires de ce bas monde" de temps à autre. Ou peut-être
qu'Il n'intervient pas du tout: Il aurait créé l'Univers et l'aurait
ensuite livré à lui-même afin que les gens décident de leurs destins
par eux-mêmes.
Cependant, certains ont entendu qu'il est écrit dans
le Coran que Dieu est "partout" mais ils sont incapables d'assimiler
exactement le sens de cette parole. Ils pensent tacitement que Dieu
entoure tout tels les ondes de radio ou un intangible et invisible
gaz.
Toutefois, cette notion ainsi que d'autres croyances,
incapables d'expliquer l'endroit "où" Dieu se trouve (raison pour
laquelle de nombreuses personnes nient Son existence), sont toutes
fondées sur une erreur commune. Ces gens croient en un préjugé non
fondé et portent alors de faux jugements sur Dieu. Quel est donc
ce préjugé?
Ce préjugé porte sur la nature et les caractéristiques
de la matière. Nous sommes si conditionnés par les suppositions
de l'existence de la matière que nous ne réfléchissons jamais à
l'existence ou la non-existence de cette matière, ou si ce n'est
qu'une simple ombre. La science moderne casse ce préjugé et révèle
une réalité très importante et imposante. Dans les pages suivantes,
nous essaierons d'expliquer cette grande réalité à laquelle le Coran
fait allusion.
Le monde de signaux électriques
Toutes les informations que nous possédons sur le monde
dans lequel nous vivons nous sont transmises par nos cinq sens.
Le monde que nous connaissons consiste en ce que notre oil voit,
notre main touche, notre nez sent, notre langue goûte et notre oreille
entend. Nous ne pensons jamais que le monde "extérieur" puisse être
autre que ce que nos sens nous présentent puisque depuis le jour
de notre naissance nous n'avons compté que sur ces sens.
Les stimulations provenant d'un objet
sont converties en signaux électriques et causent un effet
sur le cerveau. Lorsqu'on "voit", on voit les effets de
ces signaux électriques dans notre cerveau.
|
La recherche moderne dans différents domaines de la
science amène cependant à une compréhension très différente et sème
sérieusement le doute sur nos sens et sur le monde que nous percevons
grâce à eux.
Le point de départ de cette approche est que la notion
du monde "extérieur" telle qu'elle est fixée dans notre cerveau
est uniquement une réponse créée dans notre cerveau par des signaux
électriques. La couleur rouge de la pomme, la dureté du bois, votre
mère, votre famille et tout ce que vous possédez, votre maison,
votre travail, et les lignes de ce livre, ne sont composés que de
signaux électriques.
Frederick Vester explique les aboutissements de la
science sur ce sujet:
"Les affirmations de certains
scientifiques annonçant que "l'homme est une image, que toute
expérience est temporaire et illusoire, et que cet Univers est
une ombre" semble se prouver, dans nos jours, par des faits scientifiques."
197
Voici le commentaire du célèbre philosophe George Berkeley
sur ce sujet:
"Nous croyons dans l'existence
des objets juste parce que nous les voyons et les touchons, et
parce qu'ils nous sont renvoyés par nos propres perceptions. Cependant,
nos perceptions sont seulement des idées dans notre esprit. Ainsi,
les objets que nous captivons par nos perceptions ne sont rien
d'autre que des idées et ces idées ne sont essentiellement nulle
part sauf dans notre esprit. Puisque tout ceci n'existe que dans
l'esprit, cela signifie que nous sommes attirés par des illusions
lorsque nous pensons que l'Univers et toutes les choses que nous
voyons ont une existence en dehors de notre esprit. Ainsi, rien
de ce qui nous entoure n'a d'existence en dehors de notre esprit."
198
Afin d'apporter une lumière sur ce sujet, nous devons
reconsidérer notre sens de la vue, qui nous fournit le plus d'informations
sur le monde extérieur.
Comment est-ce que nous voyons, entendons et dégustons?
La vision se fait par voie très progressive. Les photons
qui voyagent de l'objet à l'oil passent par la lentille à l'avant
de l'oil où ils se cassent et s'inversent sur la rétine au fond
de l'oil. Là, la lumière réfléchie est transformée en des signaux
électriques qui sont transmis par les neurones à un lieu minuscule
appelé le centre de vision, situé au fond du cerveau. Ce signal
électrique est perçu, par ce centre dans le cerveau, comme une image
après une série de procédés. La vision a lieu réellement dans ce
lieu minuscule situé à l'arrière du cerveau qui est sombre et complètement
isolé de la lumière.
Maintenant, nous reconsidérons ce procédé apparemment
ordinaire et insignifiant. Lorsque nous disons que "nous voyons",
nous voyons en fait les effets des impulsions qui atteignent notre
oil et qui sont induites dans notre cerveau après leur transformation
en signaux électriques. C'est-à-dire, quand nous disons que "nous
voyons", nous sommes, en fait, en train d'observer des signaux électriques
dans notre esprit.
Toutes les images que nous percevons sont formées dans
notre centre de vision, qui occupe seulement quelques centimètres
cubes du volume du cerveau. Le livre que vous lisez maintenant ainsi
que le paysage infini que vous voyez quand vous contemplez l'horizon
tiennent dans cet espace minuscule. Un autre point à garder en tête
est que le cerveau, comme nous l'avons précédemment dit, est isolé
de la lumière; son intérieur est absolument obscur. Le cerveau lui-même
n'a aucun contact avec la lumière.
Nous pouvons expliquer cette situation intéressante
par un exemple. Supposons qu'il y ait une bougie brûlant devant
nous. Nous pouvons nous asseoir devant cette bougie et la surveiller
longtemps.
|
Même lorsqu'on sent la lumière et la chaleur
d'un feu, l'intérieur de notre cerveau reste totalement sombre
et sa température ne change jamais. |
| Les
faisceaux de lumière en provenance d'un objet arrivent à la
rétine de manière inversée. L'image est convertie en signaux
électriques puis transmis au centre de vision à l'arrière
du cerveau. Puisque le cerveau est isolé de la lumière, il
est impossible pour celle-ci d'atteindre le centre de vision.
Cela signifie que nous voyons un vaste monde de lumière et
de profondeur dans un petit endroit isolé de la lumière.
|
Cependant, pendant tout ce temps, notre cerveau
ne sera jamais en contact direct avec la lumière originale de la
bougie. Même lorsque nous regardons la lumière de la bougie, l'intérieur
de notre cerveau reste dans l'obscurité totale. Nous regardons un
monde lumineux et plein de couleurs à l'intérieur d'un cerveau sombre.
R. L. Gregory donne l'explication suivante sur l'aspect
miraculeux de la vue, un fait qui va de soi pour nous tous:
"Nous sommes si habitués à la
vue, qu'il nous semble inimaginable de réaliser qu'il y a des
problèmes à résoudre. Mais réfléchissons-y. Nous recevons de minuscules
images tordues et inversées dans l'oil et nous voyons des objets
séparés et solides dans notre entourage. A partir de simulation
dans les rétines, nous percevons le monde des objets, et ceci
n'est pas loin du miracle." 199
Le même cas s'applique à tous nos autres
sens. L'ouïe, le toucher, le goût et l'odorat sont tous transmis
au cerveau comme signaux électriques et sont perçus dans les centres
correspondants dans le cerveau. L'ouïe se fait de la même façon.
L'oreille externe capte les sons disponibles par l'auricule et les
dirige vers l'oreille moyenne; l'oreille moyenne transmet les vibrations
sonores à l'oreille interne en les intensifiant; l'oreille interne
envoie ces vibrations au cerveau en les transformant en signaux
électriques. Tout comme les images, les sons finissent dans le centre
d'ouie du cerveau. Le cerveau est isolé des sons exactement comme
il l'est de la lumière. Ainsi, quel que soit le bruit à l'extérieur,
l'intérieur du cerveau est complètement silencieux.
Nous voyons tout ce qui est autour
de nous en tant que coloré dans nos cerveaux obscurs, comme
la vue de ce jardin coloré depuis la fenêtre d'une chambre
noire. |
Néanmoins, même les sons les plus bas sont perçus par
celui-ci. La précision est telle que l'oreille d'une personne saine
entend tout sans aucune interférence ou bruit atmosphérique. Dans
votre cerveau, qui est isolé des sons, vous écoutez les symphonies
exécutées par un orchestre, vous entendez tous les bruits émis par
une foule et percevez, dans une large fréquence, tous les sons variant
du frémissement d'une feuille au rugissement d'un avion à réacteurs.
Cependant, si le niveau sonore dans votre cerveau devait être mesuré
par un dispositif sensible à ce moment précis, on remarquerait qu'un
silence complet y règne.
Notre perception de l'odeur s'effectue de la même manière.
Les molécules volatiles émises par des choses telles que la vanille
ou la rose atteignent les récepteurs dans les poils délicats situ
és dans l'épithélium nasal et s'impliquent dans une interaction.
Cette interaction est transmise au cerveau sous la forme de signaux
électriques qui sont perçus comme odeur. Tout ce que nous sentons,
que ce soit bon ou mauvais, n'est autre que la perception du cerveau
des interactions de molécules volatiles après leur transformation
en signaux électriques. Vous percevez dans votre cerveau l'odeur
d'un parfum, d'une nourriture, d'une fleur que vous aimez, de la
mer ou d'autres odeurs que vous aimez ou détestez. Les molécules
elles-mêmes n'atteignent jamais le cerveau. A l'instar de l'ouïe
et de la vision, ce ne sont que les signaux électriques qui atteignent
votre cerveau. Autrement dit, toutes les odeurs que vous aviez attribuées
à des objets extérieurs depuis votre naissance ne sont que des signaux
électriques que vous sentez grâce à vos organes sensoriels.
Parallèlement, il y a quatre types différents de récepteurs
chimiques sur le bout de la langue de l'homme. Ils donnent au goût
certaines particularités du salé, sucré, aigre, et amer. Après une
chaîne de procédés chimiques, les papilles gustatives transforment
ces perceptions en signaux électriques et les transmettent au cerveau.
Ces signaux sont perçus comme des goûts par le cerveau. Le goût
que vous obtenez quand vous mangez une barre de chocolat ou un fruit
que vous aimez correspond à l'interprétation de signaux électriques
par le cerveau. Vous ne pouvez jamais atteindre l'objet à l'extérieur,
vous ne pouvez jamais voir, sentir ni déguster le chocolat en soi.
Par exemple, si les terminaisons nerveuses gustatives qui voyagent
jusqu'à votre cerveau étaient rompues, rien de ce vous mangeriez
à ce moment-là n'atteindrait votre cerveau; vous perdriez complètement
le sens du goût.
A ce stade, nous constatons un autre
fait. Nous ne pouvons jamais être sûrs de la similitude entre ce
que nous ressentons quand nous dégustons une nourriture et ce qu'une
autre personne ressent quand elle déguste cette même nourriture,
ou entre ce que nous percevons quand nous entendons une voix et
ce qu'une autre personne perçoit quand elle entend celle-ci. A ce
sujet, Lincoln Barnett dit que personne ne peut savoir si une autre
personne perçoit la couleur rouge ou entend une note de musique
de la même façon que lui-même les perçoit.200

Toutes les images que nous percevons au cours de notre
vie sont formées dans un coin de notre cerveau appelé "centre
de vision" situé à l'arrière de notre cerveau, dont la taille
ne dépasse pas quelques centimètres cubes. Qu'il s'agisse
du livre que vous êtes en train de lire ou du paysage immense
que vous contemplez, les deux images entrent dans ce petit
espace du cerveau. Ainsi, nous ne percevons pas la taille
réelle des objets mais telle que notre cerveau la perçoit. |
Notre sens du toucher n'est pas différent des autres
sens. Quand nous touchons un objet, toutes les informations susceptibles
de nous aider à reconnaître les objets et le monde extérieur sont
transmises au cerveau par les nerfs sensoriels qui se trouvent sur
la peau. La sensation du toucher se constitue dans notre cerveau.
Contrairement à la croyance générale, l'endroit où nous percevons
le sens du toucher n'est pas situé sur notre peau ou sur le bout
de nos doigts mais plutôt au centre du toucher situé dans notre
cerveau. Nous ressentons différentes sensations relatives à certains
objets tels que la dureté ou la douceur, la chaleur ou le froid.
Ceci résulte de l'évaluation du cerveau des stimulations électriques
émanant de ces objets. Nous dérivons tous les détails qui nous aident
à reconnaître un objet à partir de ces stimulations. A propos de
ce fait important, nous citons les pensées de deux célèbres philosophes,
B. Russell et L. Wittgeinstein:
"Par exemple, nous ne pouvons nous
demander ni étudier si le citron existe véritablement ou pas, ni
savoir comment il est apparu. Un citron consiste simplement en un
goût senti par la langue, une odeur sentie par le nez, une couleur
et forme senties par l'oil, et ce sont seulement ces caractéristiques
qui peuvent se prêter à l'étude et l'évaluation. La science ne peut
jamais connaître le monde physique." 201
Il nous est impossible d'atteindre le monde physique.
Tous les objets qui nous entourent sont un ensemble de perceptions
telles que la vue, l'ouïe, et le toucher. Durant toute notre vie,
notre cerveau, en traitant les données dans le centre de vision
et dans d'autres centres sensoriels, ne confronte pas l'"original"
de la matière qui existe à l'extérieur mais plutôt la copie qui
en est faite à l'intérieur de notre cerveau. C'est sur ce point
que nous nous trompons en présumant que ces copies sont des instances
d'une matière réelle que nous percevons de l'extérieur.
Le "monde extérieur" à l'intérieur de notre cerveau
Par suite des faits physiques décrits jusque là, nous
pouvons conclure ce qui suit: tout ce que nous voyons, touchons,
entendons et percevons comme "matière", "le monde" ou "l'Univers"
n'est qu'un ensemble de signaux électriques qui sont produits dans
notre cerveau.
Lorsqu'on mange un fruit, il ne s'agit pas du fruit
réel mais de sa perception dans le cerveau. L'objet que la personne
considère être un "fruit" consiste réellement en une impression
électrique dans le cerveau concernant la forme, le goût, et la texture
du fruit. Si les nerfs optiques reliés au cerveau devaient être
coupés soudainement, l'image du fruit serait complètement interrompue;
ou si l'on effectuait une rupture dans le nerf qui relie les capteurs
de l'odorat au cerveau, le sens de l'odorat serait complètement
interrompu. En termes plus simples, le fruit n'est que l'interprétation
de signaux électriques par le cerveau.

Grâce aux simulations, un monde physique aussi réel que
celui que nous connaissons peut être formé dans notre cerveau
sans que le monde réel n'existe. Ainsi, grâce aux simulations
artificielles, une personne peut croire qu'elle est en train
de conduire une voiture alors qu'elle est assise chez elle. |
Un autre point à considérer est le sens de la distance.
La distance, c'est-à-dire celle qui existe entre vous et ce livre,
est seulement une sensation de vide formée dans votre cerveau. Les
objets qui semblent être loin à la vue de cette personne existent
aussi dans le cerveau. Par exemple, quelqu'un qui surveille les
étoiles dans le ciel suppose qu'elles sont à des millions d'années
lumière. Cependant, ce qu'il "voit" ce sont réellement les étoiles
à l'intérieur de lui-même, dans son centre de vision. Tandis que
vous lisez ces lignes, vous n'êtes pas, en réalité, à l'intérieur
de la pièce où vous supposez être; au contraire, la pièce est en
vous. Le fait que vous voyiez votre corps vous fait penser que vous
êtes dedans. Toutefois, vous devez vous rappeler que votre corps,
aussi, est une image formée à l'intérieur de votre cerveau.
La même chose s'applique à toutes vos autres perceptions.
Par exemple, quand vous pensez que vous entendez le son de la télévision
dans la pièce voisine, vous réalisez réellement ce son à l'intérieur
de votre cerveau. Vous ne pouvez ni prouver qu'une pièce voisine
existe à côté de la vôtre, ni qu'un son provient de la télévision
dans cette pièce. Les sons que vous pensez provenir de quelques
mètres mais aussi la conversation d'une personne se trouvant juste
près de vous, sont perçus dans un petit espace de quelques centimètres
carrés au centre de l'ouïe dans votre cerveau. A part ce centre
de perception, aucun concept tel que la direction droite, gauche,
devant ou arrière n'existe. C'est-à-dire, le son que vous percevez
ne provient pas de la droite ou de la gauche ou de l'air; il n'existe
aucune direction à partir de laquelle le son puisse provenir.

Les découvertes des sciences physiques
modernes démontrent que l'Univers est un ensemble de perceptions.
New Scientist a publié le 30 janvier 1999 un dossier sur
cette question avec le titre suivant: "Au-delà du réel:
Est-ce que l'Univers est véritablement une farce composée
d'information primaire et la matière un mirage?"
|
Les odeurs que vous percevez sont aussi comme le son;
aucune odeur ne peut vous atteindre en provenance d'une longue distance.
Vous supposez que les effets finals formés dans votre centre d'odorat
sont les odeurs des objets venant de l'extérieur. Cependant, tout
comme l'image d'une rose est dans le centre de votre vision, l'odeur
de cette rose est dans votre centre d'odorat; il n'y a ni rose ni
odeur relative à celle-ci à l'extérieur.
Le "monde extérieur" présenté à nous par nos perceptions
est simplement une collection de signaux électriques atteignant
notre cerveau. A travers nos vies, ces signaux sont traités par
notre cerveau et nous vivons sans reconnaître que nous nous trompons
en supposant que ce sont les versions originales de la matière qui
existe dans le "monde extérieur". Nous nous trompons parce que nous
ne pouvons jamais percevoir la matière elle-même à l'aide de nos
sens.
De plus, c'est encore notre cerveau qui interprète
et attribue des significations aux signaux que nous supposons être
le "monde extérieur" Par exemple, considérons le sens de l'ouïe.
C'est, en fait, notre cerveau qui transforme les ondes sonores du
"monde extérieur" en symphonie. C'est-à-dire que la musique est
également une perception créée par notre cerveau. De la même façon,
quand nous voyons des couleurs, ce qui arrive jusqu'à nos yeux n'est
que de simples signaux électriques de différentes longueurs d'onde.
C'est encore notre cerveau qui transforme ces signaux en couleurs.
Il n'y a pas de couleur dans le "monde extérieur". Ni la pomme est
rouge ni le ciel est bleu, ni les arbres sont verts. Ils sont comme
ils sont parce que nous les percevons ainsi. Le "monde extérieur"
dépend entièrement du sujet qui le perçoit.
Le défaut le plus léger dans la rétine de l'oil peut
causer un daltonisme. Certaines personnes perçoivent la couleur
bleue en vert, le rouge en bleu, et pour d'autres les couleurs ne
sont que des nuances de gris. A ce stade, il importe peu de savoir
si l'objet à l'extérieur est coloré ou pas.
L'éminent penseur Berkeley traite aussi ce fait:
"Au début, l'on croyait que les
couleurs, les odeurs, etc. "existaient réellement", mais ultérieurement
on a renoncé à de telles idées, et il s'est avéré qu'elles existent
seulement car elles dépendent de nos sensations." 202
En conclusion, la raison pour laquelle nous voyons
des objets colorés n'est pas qu'ils sont colorés ou qu'ils ont une
existence matérielle indépendante en dehors de nous-mêmes. La vérité
est que toutes les qualités nous attribuons aux objets se trouvent
à l'intérieur de nous-mêmes et pas dans le "monde extérieur".
Alors, que reste-t-il du "monde extérieur"?
L'existence du "monde extérieur" est-elle indispensable?
Jusque là, nous avons souvent parlé d'un "monde extérieur"
et d'un monde de perceptions formé dans notre cerveau; ce dernier
est celui que nous voyons. Cependant, puisque nous ne pouvons réellement
jamais atteindre le "monde extérieur", comment pouvons-nous être
certains qu'un tel monde existe réellement?
A vrai dire, nous ne pouvons pas. Puisque chaque objet
est seulement une collection de perceptions et que ces perceptions
existent seulement dans l'esprit, il est plus exact de dire que
le seul monde qui existe réellement est le monde des perceptions.
Le seul monde que nous connaissions est le monde qui existe dans
notre esprit: celui qui est conçu, enregistré et précis; bref, celui
créé dans notre esprit. C'est le seul monde dont nous puissions
être surs.
Nous ne pouvons jamais prouver que les perceptions
que nous observons dans notre cerveau possèdent des corrélats matériels.
Ces perceptions peuvent tout aussi bien provenir d'une source "artificielle".
Il est possible d'observer cela. Les fausses stimulations
peuvent produire dans notre cerveau un "monde matériel" entièrement
imaginaire. Par exemple, prenons un instrument d'enregistrement
très développé capable d'enregistrer toutes sortes de signaux électriques.
D'abord, transmettons toutes les données liées à un décor (incluant
l'image du corps) à cet instrument en les transformant en signaux
électriques. Ensuite, imaginons que votre cerveau peut vivre séparément
de votre corps. Enfin, relions l'instrument d'enregistrement au
cerveau avec des électrodes qui fonctionneront comme des nerfs et
enverront les données préenregistrées au cerveau. Dans ce cas, vous
sentirez que vous vivez vous-même dans ce décor "artificiellement"
créé. Par exemple, vous croirez facilement que vous conduisez vite
sur une autoroute. Il ne vous serait jamais possible de comprendre
que vous ne consistez en rien à part votre cerveau. C'est parce
que tout ce qui est requis pour former un monde dans votre cerveau
n'est pas l'existence d'un monde réel mais plutôt la disponibilité
de stimulations. Il est parfaitement possible que ces stimulations
puissent provenir d'une source artificielle, telle qu'un magnétophone.
Le célèbre philosophe scientifique Bertrand Russell
écrivait dans ce sens:
"Quant au sens du toucher lorsque
nous pressons la table avec nos doigts, c'est une stimulation
électrique sur les électrons et les protons de nos bouts des doigts,
qui résulte, selon la physique moderne, de la proximité des électrons
et des protons existant sur la table. Si la même stimulation dans
les bouts de nos doigts survenait d'une toute autre manière, nous
devrions avoir des sensations, même si la table n'existait pas."
203
Il est certes très facile pour nous de nous tromper
en estimant que les perceptions sont réelles sans aucun corrélat
matériel. Nous éprouvons souvent ces sentiments dans nos rêves.
Nous expérimentons, dans nos rêves, des événements; nous voyons
des gens, des objets et des décors qui semblent complètement réels.
Cependant, ils ne sont rien d'autre que de simples perceptions.
Il n'y a aucune différence fondamentale entre le rêve et le "monde
réel"; les deux sont vécus dans le cerveau.
Qui est le percepteur?
Comme nous l'avons précédemment relaté, il n'y a aucun
doute sur le fait que le monde où nous pensons vivre et que nous
appelons "le monde extérieur" est créé dans notre cerveau. Cependant,
une question d'une importance primordiale se pose. Si tous les événements
physiques que nous connaissons sont intrinsèquement des perceptions,
qu'advient-il de notre cerveau? Puisque notre cerveau fait partie
du monde physique tout comme notre bras, jambe ou tout autre objet,
il devrait lui aussi être une perception juste comme tous autres
objets.
Un exemple sur les rêves éclairera le sujet davantage.
Pensons que nous voyons le rêve dans notre esprit conformément à
ce que nous avons dit auparavant. Dans le rêve, nous aurons un corps
imaginaire, un bras imaginaire, un oil imaginaire, et un cerveau
imaginaire. Si pendant notre rêve, l'on nous demandait: "Où est-ce
que vous voyez?", nous répondrions: "Nous voyons dans notre cerveau".
Cependant, on ne peut parler de cerveau à ce sujet, mais plutôt
d'une tête imaginaire et d'un cerveau imaginaire. Celui qui perçoit
des images n'est pas le cerveau imaginaire dans le rêve, mais un
"être" qui est de loin "supérieur" à celui-ci.
Nous savons qu'il n'y a aucune distinction physique
entre le décor d'un rêve et le décor que nous appelons la vie réelle.
Alors, lorsque l'on nous demande la question précédente dans le
décor que nous appelons la vie réelle: "Où est-ce que vous voyez?",
il semblerait insensé de répondre "dans mon cerveau" comme dans
l'exemple ci-dessus. Dans les deux cas, l'entité qui voit et perçoit
n'est pas le cerveau, qui n'est après tout qu'un morceau de viande.
Quand le cerveau est analysé, on observe qu'il n'y
a rien dedans sauf des molécules de protéines et lipides, qui existent
également dans d'autres organismes vivants. Cela signifie que dans
le morceau de viande nous appelons "cerveau", il n'y a rien pour
observer les images, pour constituer la conscience ou créer l'être
que nous appelons "moi-même".
R. L. Gregory fait référence à une erreur que les gens
commettent en relation avec la perception d'images dans le cerveau:
"On doit éviter la tentation de
dire que les yeux produisent des images dans le cerveau. Une image
dans le cerveau suggère le nécessité d'une certaine sorte d'oil
interne pour voir, mais cela nécessiterait un autre oil pour voir
cette image. et ainsi de suite dans une régression interminable
de yeux et d'images. C'est absurde." 204
C'est ce point même qui met les matérialistes dans
l'embarras, car ces derniers ne tiennent pour vrai que la matière.
A qui appartient "l'oil intérieur" qui voit, qui perçoit ce qu'il
voit et réagit?
Karl Pribram aussi s'est penché sur cette question
importante dans le monde de la science et de la philosophie pour
savoir qui est le percepteur:
"Depuis les Grecs, les philosophes
ont spéculé sur le "fantôme" dans la machine, le "petit homme
à l'intérieur du petit homme" et ainsi de suite. Où est le "je",
l'entité qui emploie le cerveau? Qui est l'acteur du savoir actuel?
Ou, comme Saint François d'Assise l'a formulé, "Ce que nous cherchons
est celui qui voit." 205
Maintenant, méditons à ce qui suit: le livre dans votre
main, la pièce où vous êtes, bref, toutes les images devant vous
sont perçues à l'intérieur de votre cerveau. Est-ce que ce sont
les atomes qui voient ces images? Serait-ce ces atomes aveugles,
sourds et inconscients? Pourquoi est-ce que certains atomes ont
acquis cette qualité tandis que d'autres en sont dépourvus? Est-ce
que nos actes de penser, de comprendre, de se souvenir, d'être content,
malheureux. consistent en des réactions électrochimiques entre ces
atomes?
Quand nous considérons ces questions, nous voyons qu'il
n'y a aucun sens à chercher de la volonté dans les atomes. Il est
clair que l'être qui voit, entend, et sent est un être supra-matériel.
Cet être est "vivant" et il n'est ni matière ni une image de matière.
Cet être associe les perceptions en utilisant l'image de notre corps.
Cet être est l'"âme".
L'agrégat des perceptions que nous appelons le "monde
matériel" est un rêve considéré par cette âme. Tout comme le corps
que nous possédons, le monde matériel que nous voyons dans nos rêves
n'a aucune réalité. L'Univers que nous occupons et le corps que
nous possédons n'ont aucune réalité matérielle.
Le vrai être est l'âme. La matière consiste simplement
en des perceptions vues par l'âme. Les êtres intelligents qui écrivent
et lisent ces lignes ne sont pas un amas d'atomes et de molécules
ni les réactions chimiques entre eux - mais plutôt - des âmes.
197
Frederick Vester, Denken, Lernen, Vergessen, vga, 1978, p. 6.
198 George Politzer, Principes Fondamentaux de
Philosophie, Editions Sociales, Paris 1954, pp. 38-39-44.
199 R.L.Gregory, Eye and Brain: The Psychology
of Seeing, Oxford University Press Inc. New York, 1990, p. 9.
200 Lincoln Barnett, The Universe and Dr. Einstein,
William Sloane Associate, New York, 1948, p. 20.
201 Orhan Hançerlioðlu, Düþünce Tarihi, Istanbul:
Remzi Kitabevi, 6ème éd., septembre 1995, p. 447.
202 V I. Lenin, Materialism and Empirio-criticism,
Progress Publishers, Moscow, 1970, p. 14.
203 Bertrand Russell, ABC of Relativity, George
Allen and Unwin, Londres, 1964, pp. 161-162.
204 R. L. Gregory, Eye and Brain: The Psychology
of Seeing, Oxford University Press Inc. New York, 1990, p. 9.
205 Ken Wilber, Holographic Paradigm and Other
Paradoxes, p. 20. |